Dans le Luberon 🏍️
Ce matin, je peine à me lever. Je commence à boire mon café tandis que dehors un bruit se fait entendre. Mon fils et moi échangeons un regard interloqué. L’orage est de retour. Le tonnerre résonne déjà fort sur le Luberon. La veille, il a inondé la contrée, lessivant les montagnes, libérant les ocres naturels dans la rivière qui prend une teinte orangée.
La dépose des enfants au collège terminée, je retourne à la maison. Je troque la voiture pour la moto : en avant l’aventure !
J’ai mes habitudes : j’aime errer en bécane à travers le Luberon. Le coin est particulièrement magnifique, mais lorsqu’on s’enfonce davantage, il devient envoutant. En moto, je ressens la fraicheur des sous-bois, le souffle chaud remontant de la vallée, l’humidité lorsqu’il a plu. Après chaque virage se dévoile un paysage de carte postale.
Maintenant je me suis engagée sur une petite route, en bas de Lacoste. Je me gare près d’un vieux mas. J’enlève le casque. Déjà les odeurs s’emmêlent dans mon cerveau : un peu de coronille, du chèvrefeuille, du buis, et de la terre humide de la radasse matinale. Dans le ciel, des hirondelles forment une escadrille semblant poursuivre un ennemi qui m’est invisible. Je sors alors mon téléphone et je m’avance dans le champ. J’ai de la boue plein les pompes mais ce n’est pas grave, l’instant est magique. Je me faufile au milieu d’un champ de lavande. Elle commence à peine à fleurir. Le bleu-mauve est encore pâlichon. Un bouquet de coquelicots au milieu de la masse bleue retient mon attention. Je tente un mode « portrait ». Je fais plusieurs clichés, je me suis quasi assise dans l’allée. J’ai mis de la boue sur mon jean. Le silence règne en maitre ici. Ce calme ne présage aucune tempête. Je saisis l’instant avec les photos. Je savoure ce moment et j’en prends plein la vue.
Je repars avec mon 2 roues en direction du village. A cette époque de l’année, les bourgeons des ceps se sont déployés et s’étirent vers le ciel. Le vert est intense Des rosiers plantés devant les vignes fleurissent égayant cette monochromie verte. Un gros murier surgit sur le côté et raconte à qui veut le voir et l’entendre, l’histoire d’une lointaine culture du vers à soie.
Le vieux château de Lacoste s’élève au-dessus des vignes. Posé à flanc de colline, il ressemble à un vaisseau dans le ciel. Il est là, immobile tandis que déjà le Mistral agite les branches des arbres, et fait surfer les épis de blé sur une vague végétalisée. Il est là, imposant, dégageant force et résistance. Il me fascine.
Je poursuis ma route et là … c’est un coup de foudre. Il est beau, élancé, majestueux, magnifique, unique, immense. Sa puissance m’hypnotise. Je n’ai jamais vu un chêne aussi grand. Je n’ai jamais vu un tel entremêlement de branches. Quel âge a-t-il ? Qu’a-t-il vu ? Combien de personnes se sont reposées à ses pieds ?
Deux, trois clichés et me voilà repartie. Je passe par un plateau bordé de forêts et de vignes, puis la route serpente et rejoint le bas de la citadelle de Ménerbes. C’est un beau village, d’un autre temps. Mais question de temps, l’heure passe, j’accélère un peu, je redescends vers la vallée.
Sitôt arrivée, je repense à mon tour en buvant un bon café.
Maintenant, la journée peut commencer.
Magali TILLET
Le 17 juin 2023
pour ceux qui ne maitrisent pas le français, son langage familier ou local :
les pompes = chaussures
bécane = moto
Un vieux mas = une maison ancienne en pierres, typique de la Provence
radasse = grosse pluie
Mistral = vent local